31 décembre 2017 ~ 0 Commentaire

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Rejet de la pilule : « Les arguments écologiques ont pris une importance étonnante » Une gynécologue et une sociologue nous éclairent sur l’évolution de la contraception en France, 50 ans après la loi Neuwirth sur la pilule.

En 2000, 56 % des femmes choisissaient la pilule comme moyen de contraception. Elles ne sont plus que 33 % aujourd’hui.

Il y a 50 ans, fin 1967, la loi Neuwirth légalisait la pilule contraceptive sur prescription médicale. Danielle Hassoun, gynécologue depuis 1975, a accompagné cette révolution dans la vie sexuelle des Français et surtout des femmes, qui, pour la première fois, disposaient de moyens de contrôler leur fécondité. Si ses premières patientes venaient en grande majorité en consul-tation pour obtenir la pilule, leurs demandes et pratiques se sont diversifiées au fil des années. Sociologue et chercheuse au Cevipof (Sciences Po), Janine Mossuz-Lavau travaille notamment sur la sexualité. Elle est l’auteur d’une première enquête au début des années 2000, La Vie sexuelle en France, une enquête inédite : des hommes et des femmes racontent comment ils font l’amour aujourd’hui (2002), qu’elle vient, 16 ans plus tard, de mettre à jour selon les mêmes critères. Toutes deux témoignent de l’évolution des pratiques contraceptives.

Pouvez-vous dessiner l’évolution de la contraception depuis la promulgation de la loi Neuwirth ?

Danielle Hassoun : Dans les années 1970, je ne faisais presque que des prescriptions pour la pilule. Néanmoins, j’ai commencé à prescrire très tôt certains moyens de contraception, comme le stérilet, y compris pour des femmes sans enfant, ou bien le diaphragme dès la fin des années 1970. Dans les années 1980, un événement va venir bousculer la contraception : l’arrivée du sida. Avant que nous sachions vraiment ce qu’était cette maladie, les gynécologues pensaient et véhiculaient l’idée que le préservatif n’était pas un bon moyen de contraception, mais plutôt un tue-l’amour, un moyen désuet et obsolète qui ne permettait pas d’avoir de rapports sexuels dans de bonnes conditions. L’apparition de cette maladie mortelle à la fin des années 1980 nous a également fait changer notre discours sur la contraception, et le préser-vatif en particulier. À partir des années 2000, et jusqu’à aujourd’hui, la pilule contraceptive connaît une crise significative, qui a provoqué une diversification des moyens de contraception, je le vois dans les prescriptions que je fais.

Alors qu’en 1967 la pilule contraceptive était une véritable libération, elle est devenue pour beaucoup de jeunes femmes une contrainte.

Janine Mossuz-Lavau : Ce qui est intéressant (et problématique !), c’est l’évolution des vingt dernières années. J’ai fait deux enquêtes de masse, l’une en 2000, matérialisée dans le livre  La Vie sexuelle en France, une enquête inédite : des hommes et des femmes racontent comment ils font l’amour aujourd’hui (1), et l’autre tout récemment. Les évolutions entre les deux enquêtes sont édifiantes. Dans la première, nous constations que les femmes qui rejetaient la pilule appartenaient surtout au milieu populaire. Elles craignaient les dangers des effets secondaires sur la santé, avaient des idées négatives sur la pilule (elle pouvait donner le cancer, des troubles oculaires, faisait grossir, provoquait des malaises, etc.). Il y avait également les fumeuses qui savaient que le mélange était mauvais pour la santé. Et puis le dernier argument contre la pilule évoquait également des craintes encore très vives concernant l’épidémie de sida. La crainte de la maladie forçait certaines jeunes filles à employer certains stratagèmes au moment de l’acte sexuel : « Je ne prends pas de contraception, sinon je ne peux pas obliger mon partenaire à mettre un préservatif. » Ne souhaitant pas négocier continuellement avec leurs partenaires, elles optaient pour l’absence totale de contraception. Enfin, le dernier argument dénonçait la contrainte de prendre une pilule tous les jours. C’est ce qui m’a le plus surprise à l’époque : alors qu’en 1967 la pilule contraceptive était une véritable libération, elle est devenue pour beaucoup de jeunes femmes une contrainte (on peut l’oublier, on doit penser à la prendre avec soi en cas de soirée tardive, si on ne rentre par chez soi, etc.).

Quel impact la loi Neuwirth a-t-elle eu en 1967 sur la vie sexuelle des Français ?

J. M.-L. : La loi Neuwirth a été une véritable libération, une mesure d’une importance cruciale. Pour la première fois, les femmes avaient un plein contrôle sur leur fécondité. C’est la grande révolution du XXe siècle : pour la première fois, la dissociation entre procréation et sexualité est inscrite officiellement dans la loi. Pour la première fois, on légalise ce qui se pratiquait de façon « artisanale » (le retrait, l’observation de la méthode Ogino, les prises de température, etc.) et qui n’était pas efficace à 100 %. Dans les faits, cela traduit la possibilité pour les femmes de faire l’amour sans la crainte perpétuelle de tomber enceinte, qui se solde soit par une grosses-se non désirée, soit par un avortement clandestin. Les perspectives étaient plutôt sombres. La sexualité peut se pratiquer dans le cadre de la recherche d’un plaisir, sans cette menace persistante. C’est également une libération pour les hommes, dont le retrait ou le préservatif n’étaient pas des pratiques très confortables. Et puis les pratiques contraceptives commencent à évoluer pour les femmes. Au début, la pilule est très prisée, puis le stérilet, et pendant un temps le diaphragme (qu’on ne peut se procurer, à l’époque, que via le planning familial). Donc la loi Neuwirth de 1967 marque un point de départ pour l’évolution de la vie sexuelle mais aussi amoureuse des Français. Faire l’amour avec plus de libertés et moins de risques.

Nous avons constaté, ces dernières années, un rejet de la pilule au profit d’autres méthodes contraceptives. Comment expliquer cette évolution ?

J. M.-L. : Dans la dernière enquête que j’ai menée, je peux retrouver des arguments sanitaires qui se sont maintenant répandus dans les milieux favorisés : la polémique autour de la pilule Diane a donné une image dangereuse de la pilule. L’argument des fumeuses est également toujours présent. Mais ce qui a pris une importance étonnante, ce sont les arguments écolo-giques. Cet argument, encore minoritaire dans les années 2000, se traduit par ce que j’appelle les « dommages collatéraux de l’écologie » : « Je mange bio, donc pas question de mettre des hormones dans mon corps. » On peut y voir une volonté de retour à la nature et, parfois, une remise en cause de la science.

D. H. : Il y a plusieurs éléments qui entrent en jeu. D’abord, c’est ce qui a été mis en avant par l’équipe de Nathalie Bajos, l’accès à la contraception pour les jeunes femmes de 20 à 24 ans les plus précaires ne se fait pas aussi facilement qu’on le croit. Elles peuvent avoir des diffi-cultés financières, ne sont pas étudiantes donc n’ont pas de sécurité sociale, etc. Ces femmes-là utilisent beaucoup moins la pilule contraceptive. Elles ne savent pas toujours que les méde-cins généralistes peuvent la prescrire, d’ailleurs. Un deuxième élément de réponse, très fort mais qui atteint une catégorie plus « éduquée » ou plus favorisée de la société : la peur des hormones. Par souci écologique, ces femmes vont craindre les effets secondaires des hormo-nes, qu’elles vont assimiler à des perturbateurs endocriniens. Il est vrai que l’on en sait encore peu sur les effets à moyen et long terme de la pilule contraceptive. À cela s’ajoute la volonté de vivre avec ce que « la nature a donné ».

L’abandon progressif de la pilule et le retour à des pratiques naturelles n’ont pas fait augmenter le nombre d’IVG.

Revient-on à des méthodes de contraception plus traditionnelles ?

D. H. : Oui, c’est étonnant, nous revenons à des méthodes de contraception naturelles. Elles sont basées sur le calcul des dates (la méthode Ogino ou Billings) ou bien le coït interrompu. Ces premières méthodes se sont un peu modernisées, notamment grâce à de petits moniteurs que l’on trouve sur Internet permettant de calculer sa fécondité en fonction de sa température corporelle. Les applis sur les téléphones ont également permis de relancer l’usage de ces méthodes dites « naturelles ». Le risque, c’est que l’efficacité de ces méthodes est très aléa-toire. En plus, le caractère très contraignant de ces méthodes fait que les femmes finissent souvent par l’abandonner.

Y voyez-vous un retour en arrière ?

D. H. : Non, j’y vois simplement une évolution. On ne peut pas faire fonctionner la contracep-tion comme il y a 50 ans : la donne n’est plus la même, l’image et le rôle de la femme ont chan-gé également. C’est juste une nouvelle façon d’aborder la sexualité. Ce que l’on peut constater à ce stade, c’est que l’abandon progressif de la pilule et le retour à des pratiques naturelles n’ont pas fait augmenter le nombre d’IVG. C’est donc qu’elles arrivent à se débrouiller.

J. M.-L. : J’y vois une régression dans la mesure où, en cas d’échec de ces méthodes plus traditionnelles, il y a la pilule du lendemain ou l’IVG médicamenteuse, qui est particulièrement douloureuse. J’ai pu discuter avec des femmes qui avaient subi deux ou trois IVG. Si la menace de la grossesse est moins forte, l’abandon de la pilule enlève un intermédiaire. Et, si l’avorte-ment n’est évidemment plus aussi risqué qu’avant la loi Veil, je vois des cas de femmes qui le vivent plutôt mal, font parfois de petites dépressions à la suite de l’opération. D’ailleurs, j’ai constaté que le couple résiste très rarement à une IVG. Il y a souvent séparation après.

Dans quelle mesure le rejet du tout-médical peut-il jouer un rôle dans cette évolution ?

D. H. : Je ne crois pas qu’on puisse l’expliquer par un rejet du médical. J’ai toujours autant de patientes, et elles ne m’ont jamais fait part de ce type de préoccupations. C’est juste une évolution.

J. M.-L. : Selon moi, cela joue indéniablement. C’est vrai que ce questionnement concernant le médical émerge : lors d’un colloque auquel je participais, des féministes canadiennes se plai- gnaient justement d’être enchaînées au médical concernant la contraception. Elles associaient également ce phénomène à la domination masculine. Cela fait partie intégrante d’une tendan- ce  plus générale, on le voit avec le rejet des vaccins, par exemple. La résistance la plus forte vient de la progression des règles écologistes. Cela devra faire l’objet d’une tout autre enquê-te, mais nous pourrions comparer le rejet de la pilule avec la progression des femmes végéta-riennes, végans, etc. Donc le rejet des produits hormonaux entre parfaitement dans ce nou- veau mode de vie. Mais la pilule n’est pas le seul moyen contraceptif à subir cette évolution ! Le stérilet aussi peut faire l’objet de méfiances. Par exemple, j’ai réalisé un entretien avec une jeune femme qui m’a dit que « mettre un corps étranger dans (s)on corps (était) hors de question ».

La contraception est quelque chose qui change dans la vie d’une femme, en fonction des étapes qu’elle traverse.

Face au rejet de la pilule contraceptive, quels sont les nouveaux moyens de contraception qui pourraient attirer les jeunes générations ?

D. H. : Il n’y en a pas tellement, à vrai dire ! Depuis quarante ans, cela n’a pas tellement bougé. L’implant reste hormonal, le DIU est une sorte de deuxième stérilet, mais n’est pas nouveau, et les préservatifs ont toujours autant de succès concernant la contraception. Nous sommes restés sur les mêmes fondements. On n’a pas inventé un nouveau concept de contra- ception. Après, il ne faut pas oublier que la contraception est quelque chose qui change dans la vie d’une femme, en fonction des étapes qu’elle traverse. Mais je trouve que l’on est quand même en retard, il n’y a pas eu d’inventions, nous utilisons toujours les mêmes hormones et j’ai tout de même le sentiment que la recherche s’est arrêtée. Comme la contraception a rapide- ment constitué pour les laboratoires pharmaceutiques un retour sur investissement, ils ne sont sûrement pas allés chercher plus loin…

J. M.-L. : Je ne trouve pas qu’elles ont été inchangées, au contraire. Il y a aujourd’hui des procédures moins invasives et plus pérennes, comme l’implant ou les anneaux. La libéralisation de la pilule du lendemain est assez récente. Je ne crois pas que l’on soit dans une réticence à la recherche.

La stérilisation est une pratique contraceptive de plus en plus utilisée aux États-Unis et au Canada… Cette méthode peut-elle s’implanter en France ?

D. H. : Non, je ne pense pas, la stérilisation est peu demandée en France. Dans les chiffres fournis par le Baromètre santé, c’est très peu utilisé. Parfois, je peux la proposer, mais les patientes y sont en général hostiles. Culturellement, elles sont très attachées au fait que la contraception est un acte réversible.

J. M.-L. : Cela peut se pratiquer, mais l’irréversibilité fait effectivement très peur à certaines. On vit de plus en plus longtemps, on a des enfants de plus en plus tard et les couples se sépa-rent de plus en plus tôt. Après une séparation, on ne peut écarter totalement l’éventualité d’un autre enfant avec un nouveau compagnon.

(1) La Vie sexuelle en France, une enquête inédite : des hommes et des femmes racontent comment ils font l’amour aujourd’hui, Janine Mossuz-Lavau, Paris, éditions de La Martinière, 2002, 512 p.

Anna Breteau 27/12/2017

http://www.lepoint.fr/

Source: Facebook Planning Familial 44

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