27 novembre 2017 ~ 0 Commentaire

npa 1 (le courrier.ch)

Olivier Besancenot: «Emancipé plutôt qu’insoumis»

Même s’il a pris du recul, Olivier Besancenot n’a rien perdu de sa verve. Incarnation de la gauche radicale en France durant les années 2000, le militant anticapitaliste a pris un peu de recul mais garde un regard acéré sur le champ politique et social.

Est-ce parce qu’Olivier Besancenot n’était jamais venu à Lausanne?

La foule des grands soirs attendait le porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) lundi 13 novembre pour une fructueuse soirée d’échanges à l’Espace Dickens. Les quelque 200 personnes agglutinées dans la petite salle lausannoise contrastaient avec la désaffection dont souffre, de l’autre côté de la frontière, le mouvement qui a succédé à la Ligue communiste révolutionnaire.

Il faut dire que l’ex-facteur de Neuilly, deux fois candidat à la présidence française en 2002 et 2007 (avec plus de 4% des voix à chaque fois), désormais passé derrière le guichet à La Poste, et dans l’ombre de Philippe Poutou au NPA, n’a rien perdu de sa verve et de son sens de la formule.

Durant deux heures, il a captivé son auditoire, regonflant les morals chancelants, dégonflant les illusions sans avenir. De bonne grâce, il s’est même prêté à la petite provocation de ses hôtes*: phosphorer sur le succès de la France Insoumise (là où le NPA avait échoué), dans le rassemblement d’une bonne partie de la gauche derrière le panache unique de Jean-Luc Mélenchon.

Être insoumis aujourd’hui en France?

«Etre insoumis, c’est refuser d’obéir à l’oligarchie économique et à la classe politique et cultu- relle qui imposent la situation insoutenable dans laquelle se trouve la France et plus largement l’Europe. C’est refuser que l’on vide les caisses publiques en défiscalisant les plus riches et les entreprises pour justifier ensuite les sacrifices imposés à l’ultramajorité de la population.

Depuis trente ans, cette politique permet au capital de prendre toujours plus au travail. Cette situation ne s’arrêtera pas d’elle-même. Après s’être attaqués à la fiscalité et aux services publics, ils affaiblissent maintenant le droit du travail et la sécurité sociale, demain ils dénon-ceront les trop nombreux congés payés. Ils auront toujours quelque chose à arracher au travail pour le donner au capital. Ils ne le font pas pour nous embêter, même si à en entendre certains, on mesure leur mépris: ils ont un projet politique, une idéologie et une base sociale.»

Où va Emmanuel Macron ?

«Emmanuel Macron et les siens savent parfaitement la fragilité de leur légitimité politique. Ils savent qu’ils ont profité des crises simultanées de la droite et de la gauche. C’est la raison pour laquelle ils agissent par ordonnances. Et vite. Macron a parfaitement compris que les questions sociales et sécuritaires sont liées. L’inscription de l’état d’urgence dans la loi et l’adoption au pas de course de la réforme du code du travail sont les revers d’une même médaille. Quand on mène une politique sociale impopulaire, on sait qu’il va y avoir du grabuge et on s’apprête à faire de la répression.

Macron et les forces sociales qu’il représente ont décidé de passer la seconde.

Pour eux, l’heure des réformes libérales conjoncturelles est passée, il s’agit désormais de s’attaquer aux structures. La crise du capitalisme, qu’on a vu exploser en 2008 mais qui per- dure, exige des réformes urgentes et plus profondes. On vit toujours une crise de surpro-duction et de suraccumulation. Leur solution, qui bien sûr n’en est pas une, passe par une optimisation du rapport de force entre capital et travail. Depuis Sarkozy, tous les présidents ont fait de cette contradiction leur politique: ‘La France est au bord du gouffre. Il est urgent d’aller de l’avant’!

Evidemment, ils s’aperçoivent bien que leurs promesses ne se sont pas réalisées, que les gains de productivité que les réformes libérales devaient apporter ne sont pas au rendez-vous. Mais ils ont leur explication: c’est la faute au «capital zombie», ce petit nom charmant qu’ils donnent aux secteurs économiques jugés non performants. Là où les réformes n’auraient pas encore apporté leurs bienfaits contrairement aux autres. D’où la nécessité de continuer les privatisations, etc., etc.»

Le risque FN

«Dans leur grande majorité, les Français sont mécontents de la politique menée. Mais faute d’alternative, faute de mieux, leur colère ne s’exprime pas, elle macère. Ou, quand elle s’expri- me, elle s’exprime mal. Le pays d’où je viens est en train de vivre une situation politique, socia- le et morale terrible, extrêmement tendue. La crise de leadership au sein du FN n’écarte pas le risque de l’extrême droite, car ses idées, faute d’alternative, se sont enracinées. Malgré une mauvaise campagne, le FN a fait 11 millions et demi de voix!

L’insoumission, dans ce contexte, c’est également d’oser lutter contre cet air du temps nausé- abond. Etre clair sur nos valeurs. Afficher notre soutien à la régularisation massive des sans papiers et expliquer pourquoi. Au risque de perdre des voix dans un premier temps.»

Crise de la gauche

«L’affaiblissement de la gauche et du mouvement social, c’est plus un problème de confiance collective que de conscience collective. Une partie de la gauche radicale pense que les explo- ités n’ont pas compris leur situation et qu’il faut la leur expliquer. Pour moi, c’est l’inverse. Ils n’ont pas besoin de professeurs rouge ou rose, vert ou noir: ils sont mieux placés que n’importe qui pour voir que le système est dingue, inégalitaire et repose sur l’exploitation et la discrimination.

Le problème est d’avoir ou non la conviction qu’autre chose est possible.

En France, nous n’avons plus eu de lutte sociale victorieuse d’envergure depuis 2006 et le contrat de première embauche. On a été des millions dans les rues, tenté des grèves recon- ductibles, on a perdu! Plus que tout, nous avons besoin de victoires pour retrouver la confiance dans l’action collective.

Reste que la crise dépasse largement la France, partout le mouvement syndical se délite, partout les rapports de force se détériorent et les mouvements populistes et d’extrême droite progressent. Pour la gauche, la Grèce a été le grand rendez-vous manqué. Nous devons en tirer un bilan. Pourquoi, alors que Syriza avait modéré ses revendications, a-t-il été écrasé pour l’exemple?»

Vers l’unité d’action

«L’insoumission ne peut se penser sans l’émancipation. On ne se soulève pas contre un pouvoir pour se soumettre à un chef. La seule forme d’autorité que nous devrions reconnaître est collective et pluraliste. Nous avons essayé de le faire comprendre à la direction de la France Insoumise (FI). Il y a des signes indiquant qu’elle commence à le percevoir. Au vu de la situation du mouvement social, l’urgence pour les organisations de la gauche radicale, du mouvement de Benoît Hamon (l’ex-frondeur et candidat socialiste à la présidentielle) à Mélenchon, au Parti communiste, à Lutte ouvrière et j’en oublie, est de se réunir très vite et de formaliser notre accord unitaire pour le retrait de la loi Travail et des ordonnances.

La FI a une responsabilité particulière car elle a fait 19% et réuni des foules considérables, dont énormément de militants prêts à en découdre. Une nouvelle radicalité est en train de surgir du mouvement social. On le voit dans l’écologie, dans les luttes des migrants, des anti- nucléaire, même dans le milieu syndical. Mais la FI ne pourra pas tous les représenter. Impos- sible. Moi, je ne pourrais jamais. Chanter la Marseillaise? Faut pas me le demander, je pourrais pas! Mais c’est pas grave, on pourra quand même faire de grandes choses ensemble!»

L’islamophobie

«Pour part, la stigmatisation de la communauté musulmane en France n’est pas surprenante. Ce pays a été incapable de faire son travail de mémoire face à son histoire coloniale et à la Révolution algérienne. D’une autre part, on doit constater qu’une partie de la gauche est en train de basculer dans cette stigmatisation d’une communauté. Ça en dit long sur le degré de régression du débat public en France! Cela dit, le débat n’est pas simple: quel équilibre entre la défense de la laïcité, les droits des femmes et la lutte contre l’islamophobie? La discussion traverse toute la gauche et même le NPA.»

Vouloir gouverner

«Bien que nous la décrivions depuis des années, nous n’avons pas assez cru dans la profon- deur de la crise du système. Si une alternative est nécessaire, nous devons alors prétendre à gouverner. Et réfléchir sérieusement à la politique que nous mènerions face à nos deux ennemis: l’appareil d’Etat et le capital.

Prenons ce dernier: il ne faut pas se raconter d’histoires, il ne se laissera pas dépouiller pour qu’on puisse financer le beau programme social sur lequel nous serions élus.

Si on ne pose pas la question de la propriété accumulée par les financiers, on ne les fera jamais plier. Et il ne suffira pas de créer un pôle bancaire public qui resterait soumis à la concurrence privée: il ne pourra jamais raisonner en service public. Cela implique bel et bien une expropriation des banques et la création d’un monopole. Pareil sur d’autres secteurs stratégiques comme l’énergie.

L’appareil d’Etat, lui non plus, ne se laissera pas faire. C’est pourquoi nous mettons sur la table l’idée d’une dé-professionnalisation de la politique (limitation et révocation des man- dats, plafonnement des revenus). Le changement ne se fera pas juste en changeant les têtes au sommet de l’Etat. Il ne se fera qu’en impliquant chacun.

Si l’on ne veut pas que le corps bureaucratique se sépare du reste de la société, il faut être conscient de son caractère totalisant

Ili prend racine dans des phénomènes profonds comme la division du travail, la séparation de tâches manuelles et intellectuelles ou comme la professionnalisation du pouvoir. La plupart des gens ont intériorisé qu’ils ne pouvaient se représenter eux-mêmes. Qu’il fallait des intermé- diaires. Que la politique est affaire de gens sérieux. Quand nous présentons un facteur ou un ouvrier de l’automobile à la présidentielle, ils disent que c’est formidable… mais pas crédible. Nous devons casser ce carcan. Prendre la parole, aujourd’hui, est le premier acte de résistance. Refuser que d’autres la prenne pour nous, c’est le premier geste d’émancipation.»

  • *. Les cercles La Brèche et Rosa Luxembourg, le journal A l’encontre, les éditions Page 2 et les partis Gauche Anticapitaliste et Mouvement pour le Socialisme.
Vendredi 24 novembre 201 Benito Perez

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Rocutozig |
Tysniq |
Connorwyatt120 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Rafredipen
| Agirensemblespourpierrevert
| Buradownchin