31 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

revolution russe 4 (npa)

1917

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Le marxisme : POSDR, bolcheviks et mencheviks

Le marxisme a été introduit en Russie par l’ancien populiste Georges Plékhanov, fondateur en 1881 du groupe « L’Emancipation du travail ». En 1898, neuf délégués de diverses régions se réunirent à Minsk dans ce qu’ils intitulèrent premier congrès du POSDR, Parti ouvrier social-démocrate de Russie (le terme de social-démocrate avait à l’époque un sens exactement inverse à celui d’aujourd’hui). Mais tous furent immédiatement arrêtés et envoyés en déportation.

Le flambeau fut repris par la « deuxième génération » des marxistes russes, avec à sa tête Vladimir Oulianov dit Lénine et Julius Martov, qui lancèrent fin 1901 le journal L’Iskra (L’Etincelle), visant à unifier autour d’une compréhension et d’un projet communs les groupes social-démocrates qui se formaient un peu partout en Russie mais restaient isolés.

En août 1903, le deuxième congrès du POSDR, réalisé à Bruxelles puis à Londres en présence d’une cinquantaine de délégués, marqua la véritable création du parti mais fut aussi, dans le même temps, le théâtre de la division entre bolcheviks (majoritaires) et mencheviks (minoritaires), une division devenue scission deux années plus tard. Un congrès de réunifica- tion fut organisé en 1906, dans la foulée de la première révolution russe, mais la rupture prit un tour définitif à partir de 1912.

Deux grands désaccords opposaient alors bolcheviks et mencheviks ; le premier, qui occasionna la division lors du deuxième congrès, portant sur le type de parti à construire et le second sur la nature et les perspectives de la révolution à venir.

Les formulations antagoniques sont connues. Pour Lénine, pouvaient être membres du parti « ceux qui participent personnellement à l’une de ses organisations », pour Martov, « ceux qui collaborent régulièrement et personnellement sous la direction d’une de ses organisa- tions ». Bref, un parti de militants dans le premier cas,  et de plus, dans les conditions russes de l’époque, un parti extrêmement cloisonné et hiérarchisé, une formation nettement plus large dans le second.

En suivant de nombreux auteurs marxistes (Pierre Broué, Marcel Liebman, Jean-Jacques Marie, Lars T. Lih et d’autres), il faut cependant souligner que la position de Lénine, explicitée et développée à la même époque dans « Que faire? » et à travers d’autres écrits, ne découlait nullement d’un principe général qui aurait été applicable en tout lieu et de tout temps. Ces modes d’organisation étaient simplement les seuls possibles pour construire, sous la clandes- tinité imposée par le régime tsariste, un authentique parti ouvrier révolutionnaire.

Dès le congrès de 1903, Lénine reconnaissait en outre que dans « Que Faire? » il avait « forcé la note » et « tordu en sens inverse le bâton » par rapport au courant dit économiste, qui était la cible de sa critique. Dans l’étape d’effervescence révolutionnaire et de relatives libertés démocratiques ouverte par la révolution de 1905, il préconisa très vite d’« ouvrir en grand les portes » du parti, en s’opposant au conservatisme des « comitards » qui revendiquaient face à lui… la lettre de Que Faire ?

En janvier 1905, avant que la première révolution n’éclate, la fraction bolchevique du POSDR organisait quelque 8 000 militants. Au Congrès de Londres (5e congrès du POSDR) de mai 1907, les 105 délégués bolcheviques et les 97 délégués mencheviques re- présentaient ensemble 77 000 militants.18 Une autre nouveauté de 1905 fut l’introduction à tous les niveaux du parti de procédures électives, se substituant à la cooptation qui était alors la règle, non seulement chez les bolcheviks mais dans toutes les organisations socialistes de Russie.

Le second grand débat, sur les perspectives de la révolution et donc les tâches politiques du parti, a été synthétisé ainsi par Pierre Broué : « les premiers disciples russes de Marx ont considéré que la tâche révolutionnaire immédiate en Russie était le renver- sement de l’autocratie tsariste et la transformation de la société dans un sens bourgeois et capitaliste avec instauration d’une démocratie politique (…) Les mencheviks accusent les bol- cheviks d’abandonner les perspectives de Marx, de tenter, artificiellement, d’organiser une révolution prolétarienne par le moyen de conspirations, alors que les conditions objectives ne permettent, dans une première étape, qu’une révolution bourgeoise.

« Les bolcheviks rétorquent que les mencheviks renoncent à organiser et à préparer une révolution prolétarienne qu’ils rejettent dans un avenir lointain : ce faisant, ils en viennent à se faire les défenseurs d’une sorte de développement historique spontané, menant automatiquement au socialisme à travers des « étapes » révolutionnaires différentes, bourgeoise-démocratique d’abord, prolétarienne-socialiste ensuite, et ce fatalisme les conduit à restrein- dre, pour l’immédiat, l’action des ouvriers et des socialistes au rôle de force d’appoint pour la bourgeoisie dans la lutte contre l’autocratie pour les libertés démocratiques. »19

Pour les bolcheviks, la révolution aurait bien dans un premier temps des objectifs démocratiques: libertés publiques, réforme agraire, amélioration des conditions d’existence des travailleurs, etc.) mais sa dynamique (son caractère « ininterrompu ») conduirait à un enchaînement, plus ou moins rapide selon ce que serait la situation concrète, avec des tâches socialistes. De plus, aucune confiance ne pouvant être déposée dans l’opposition libérale-bourgeoise, même pour mener à bien des tâches relevant historiquement des révolutions bourgeoises, la direction du processus ne pouvait être assurée que par la classe ouvrière alliée à la paysannerie, d’où la perspective de gouvernement dénommée « dictature révolutionnaire démocratique du prolétariat et de la paysannerie ».

En 1917 et ensuite, les mencheviks s’agrippèrent jusqu’au bout à la charrette brinquebalante de la démocratie bourgeoise.

Alors que dans les premiers mois, leurs positions conciliatrices et modérées leur avaient permis de gagner, comme c’est en général le cas au début de tout processus révolutionnaire, une influence plus importante que celle des bolcheviks, ils connurent à partir du mois de juin un processus d’effondrement, jusqu’à ne plus représenter grand-chose à la fin de l’année : seule- ment 14 délégués sur 670 au second congrès panrusse des soviets, et 16 élus sur 707 à l’Assemblée Constituante.

A l’inverse, les bolcheviks ne cessèrent d’étendre leur organisation. Environ 5000 militants en début d’année, 20 000 en avril, 100 000 en août, 200 000 juste avant Octobre), tout comme leur influence. Au deuxième congrès panrusse des soviets, réuni au lendemain de l’insurrec- tion, selon Alexander Rabinowitch qui cite le rapport préliminaire de la commission des man- dats, les bolcheviks comptaient 300 délégués sur 670, tandis qu’avec les SR de gauche et d’autres groupes ou individus, « une large majorité de délégués, quelque 505, étaient ferme- ment en faveur du transfert de « Tout le pouvoir aux soviets », c’est-à-dire la formation d’un gouvernement soviétique reflétant la composition du congrès. » 20

Pour y parvenir, rien ne fut cependant simple. Il fallut notamment et en premier lieu que Lénine, à son retour à Pétrograd début avril 1917, réussisse à « réarmer » son parti en le convainquant de s’engager dans une lutte résolue contre le gouvernement provisoire et les courants socialistes « conciliateurs », avec pour perspective l’instauration d’un pouvoir prolétarien… Ce qui sera le thème du prochain article.

Jean-Philippe Divès

L’Anticapitaliste n° 85, mars 2017

http://www.revolutionpermanente.fr/

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