31 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

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Marx et Bakounine

Les anarchistes

On est confronté avec les anarchistes à la même difficulté qu’avec le parti SR : l’absence d’études historiques qui soient à la fois globales et suffisamment documentées. Le livre de Voline, La révolution inconnue, a déjà été mentionné : écrit de façon très subjective, il manque cruellement de références, tout en présentant une série d’affirmations qui apparaissent gratuites voire dont l’inexactitude est devenue patente.15

Il y a pourtant des raisons de croire Voline (qui à son retour en Russie, en juillet 1917, adhéra à l’Union de propagande anarcho-syndicaliste de Pétrograd, laquelle publia bientôt l’hebdomadaire puis quotidien Goloss Trouda, La Voix du travail) lorsqu’il dit et répète que le mouvement anarchiste a été ultra-minoritaire en Russie jusqu’à la révolution d’Octobre ; et cela, bien que deux de ses principaux théoriciens, Bakounine (1814-1876) et Kropotkine (1842-1921), eussent été des Russes.

En 1905, « il existait aussi (…) un certain mouvement anarchiste. Très faible, totalement inconnu de la vaste population, il n’était représenté que par quelques groupements d’intellec- tuels et d’ouvriers (paysans dans le Midi), sans contact suivi (…) Leur activité se bornait à une faible propagande, d’ailleurs très difficile, à des attentats contre les serviteurs trop dévoués du régime, et à des actes de « reprise individuelle ».

La littérature libertaire arrivait en fraude de l’étranger. On répandait surtout les brochures de Kropotkine » (op. cit., p. 59). Le fait qu’en février 1916, soit en pleine boucherie impéria- liste, ce dernier ait pris position en faveur de l’union sacrée contre l’Allemagne, avec les autres responsables anarchistes du Manifeste des Seize, n’a sans doute pas été de nature à aider ce mouvement en Russie.

En 1917, « les anarchistes étaient, au début de la Révolution, tout au plus trois mille » (p. 719). A la veille d’Octobre, « le mouvement anarchiste (…) était encore bien trop faible pour avoir une influence immédiate et concrète sur les événements. Et le mouvement syndicaliste n’existait pas (…) les anarcho-syndicalistes et les anarchistes [sont] peu nombreux et mal organisés » (p. 142 et 148).

Selon Alexander Rabinowitch, ils ont cependant joué, entre février et octobre 1917, un rôle significatif à Pétrograd et à Cronstadt.

Non pas certes l’Union anarcho-syndicaliste de Goloss Trouda, que cet auteur estime alors marginale, mais la Fédération anarcho-communiste qui était bien représentée au sein des troupes (en particulier le 1er régiment de mitrailleurs, à l’avant-garde de l’effervescence révolutionnaire de l’été) comme des soviets ouvriers de Pétrograd et de sa région.

Ce n’est pas que Rabinowitch en dresse un portrait spécialement flatteur : « le pro- gramme des anarcho-communistes était extrêmement général et peu sophistiqué. Selon un tract diffusé au début de l’été 1917, l’organisation appelait à la destruction ou élimination immé- diate de, entre autres choses, tous les gouvernements autocratiques et parlementaires, le système capitaliste, la guerre, l’armée, la police et toutes les frontières. Le même tract défen- dait l’instauration d’une société communale « totalement libre », sans gouvernement ni lois, où la liberté individuelle serait absolue, les paysans posséderaient la terre et les usines appartien- draient aux travailleurs (…)

Un auteur anarcho-syndicaliste qualifia, non sans justification, le programme anarcho-commu- niste de « collection de phrases creuses » (Goloss Trouda, 27 janvier 1918, p. 3). Il faut noter que les deux groupes anarchistes étaient à l’époque à couteaux tirés.  16

Pour en revenir à Voline, celui-ci estime donc que les difficultés puis l’échec du mouvement anarchiste avaient découlé de son retard d’implantation par rapport aux bolcheviks (lesquels n’organisaient pourtant pas plus de 5000 militants lorsque la révolution de Février a éclaté), de « la crédulité, l’insouciance des masses, l’ignorance de leur force » (p. 172) et par la suite de la « répression sauvage » exercée par les bolcheviks, nouveaux exploiteurs, de « l’idée libertaire et les mouvements qui s’y ralliaient » (p. 173).

Il met cependant en avant le fait qu’après Octobre, « en dépit de cette carence et d’une situa- tion aussi défavorable, les anarchistes aient su gagner un peu plus tard et un peu partout  une certaine influence, obligeant les bolcheviks à les combattre les armes à la main et, par en- droits, pendant assez longtemps, avant de les écraser. Ce succès rapide et spontané de l’idée anarchiste est très significatif » (p. 167). Les deux processus mis en avant dans ce cadre sont la révolte de la base navale de Cronstadt (1921) et le mouvement organisé en Ukraine autour de Nestor Makhno (1918-1921).

On peut toutefois, sur cette base, envisager une autre explication : incapables de gagner une base de masse pendant la période de la montée révolutionnaire, les anarchistes auraient commencé à développer leur influence dès que la révolution est entrée en crise, avec l’ouverture rapide de la guerre civile et son cortège de morts, de destructions et de privations…

Quant à leur échec politique, il était pratiquement contenu dès le départ, et pour ainsi dire par définition, dans leur rejet et dénonciation de « l’idée politique » et de « tout pouvoir politique » (Voline, p. 181 et 225). Avec pour corollaires l’incapacité ou refus de construire une organisa- tion nationale et même, moyennant des exceptions limitées dans le temps (Léningrad, Moscou, Cronstadt), le refus de participer aux soviets et la dénonciation de ces derniers justement parce qu’ils constituaient des organes de pouvoir.17

Jean-Philippe Divès

L’Anticapitaliste n° 85, mars 2017

http://www.revolutionpermanente.fr/

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