13 octobre 2017 ~ 0 Commentaire

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La PMA à l’épreuve de l’écologie patriarcale

Repoussé à 2018 par le gouvernement, le débat sur la PMA pour les lesbiennes et femmes seules est le symbole d’une domination de la parole masculine médiatique et politique, mais également du renforcement d’une écologie conservatrice inquiétante.

Au sein de cette famille recomposée qu’est l’actuel gouvernement, les dissensions grondent lorsque surgit le sujet de la PMA. Sous l’œil jupitérien et paternaliste du président, les précau- tions et affectations d’évolution d’Édouard Philippe quant à l’autorisation de la PMA pour tout(e)s dans L’Émission politique, les récentes sorties absurdes de Gérard Collomb ou encore les tweets humanistes de Marlène Schiappa nourrissent le jeu médiatico-politique d’informa-tions, sinon contradictoires, en tous les cas indicatives des réticences du gouvernement à se saisir véritablement des enjeux de la PMA.

L’annonce, courant septembre, de la ministre des Droits des femmes sur la tenue d’états généraux de la loi de bioéthique fin 2018 a été autant une manifestation de la réticence prési- dentielle que de la poigne du père politique sur ses ministres. « Elle sera adoptée avant la fin du quinquennat, c’est un engagement du président », promettait Marlène Schiappa le 17 sep- tembre sur France TV. Une annonce cependant sans garantie au regard de l’enfouissement programmé de la mesure, qui était plutôt le signe des reculades et des oppositions au sein du gouvernement et de LREM.

Approximations et contrevérités médiatiques

Ces reculades sont révélatrices de la prégnance et du pouvoir de la parole masculine au sein du gouvernement Macron, en particulier lorsqu’il s’agit de s’attarder sur les droits des femmes et des minorités. Elles participent aussi d’une exclusion des premières concernées par le droit d’accès à la PMA pour toutes, à savoir les lesbiennes en couple et les femmes seules.

Confrontée aux couardises politiques du gouvernement, cette mesure de « justice sociale » (telle qu’aime à la présenter Marlène Schiappa), avait été diabolisée et vite enterrée lors des débats pour le Mariage pour tous 2012-2013. Des débats qui avaient permis l’enfantement en toute impunité de la Manif pour tous, et favorisé notamment l’explosion des violences LGBT phobes dans l’espace public et médiatique.

Comme en 2012-2013 donc, le terrain médiatico-politique cultive approximations et contre- vérités, reléguant dans les marges les porteuses d’expertise à même de défendre la mesure. L’Association des journalistes LGBT dénonçait ainsi la composition profondément biaisée des plateaux de télévision et de radio (allant de France 5, Europe 1 à Arte), opposant la Manif pour tous au gouvernement.

« Les grands médias ne pensent pas à inviter les lesbiennes, c’est souvent l’aide de féministes chroniqueuses en plateau qui nous permet d’être présentes », explique Alice Coffin, militante et co-présidente de l’AJL. La militante met aussi en avant la confusion volontairement entretenue entre PMA et GPA, faisant de cette dernière un levier d’attaque sur la première alors que celle-ci « n’a jamais été au programme du gouvernement et n’a rien à faire dans le débat ».

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Reprendre la main sur les débats

Cette confiscation de la parole n’est évidemment pas sans conséquence sur la teneur des échanges. La structure même du débat autour de la PMA réduit à peau de chagrin à la fois la question de l’égalité des droits LGBT, mais également la liberté des lesbiennes d’élargir le débat sur les questions de parentalité. « Avec la façon dont s’organise le débat sur la PMA, on subit à nouveau ce qui s’est joué sur le Mariage pour tous pendant le quinquennat précédent. Il devient alors compliqué de trouver une façon de la défendre, et nécessaire de ne pas se retrouver avec un agenda fixé sur cette seule revendication », explique la militante et blogueuse Gwen Fauchois.

À condition que leur soutien ne participe pas de l’invisibilisation des revendications des lesbiennes avec la réouverture d’une discussion sur la GPA…

La mobilisation des hommes gays cisgenre demeure quant à elle un grand point d’interro-gation. «Ce qui m’épate, ce sont ceux qui nous disaient qu’on ne devait pas parler de la PMA pendant le mariage pour tous, et qui veulent à présent parler de la GPA en avançant qu’il faut profiter de ce débat-là… », note Alice Coffin. « Ils étouffaient les revendications lesbiennes à l’époque, et voudraient à présent profiter de ces discussions pour en faire émerger une autre», ajoute-t-elle avant d’ironiser: «Si, à défaut de solidarité, on pouvait au moins ne pas arriver à avoir des bâtons dans les roues de la part de nos alliés, ce serait bien».

Ces difficultés disent non seulement l’urgence pour les femmes concernées de reprendre la main sur les débats, mais également la primauté de la parole masculine au sein des écosystèmes politiques comme militants.

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L’écologie des pro-papas

Or la question d’une écologie patriarcale est bien au centre des débats et de l’argumentaire fantasmagorique de beaucoup d’opposants à la PMA. La récente campagne #PMAsanspère et #EnfantsOGM de la Manif pour tous, apparue dans l’espace public il y a quelques jours, dessine les contours d’une pensée plus systémique. Épandus comme du Round-up sur des terres agraires, les slogans et petites phrases résonnent facilement dans l’imaginaire collectif. Des expressions comme « PMA sans père » sont reprises allègrement par politiques et journalis- tes sans que ce fantasme du père, ou de son absence, soit véritablement discuté ou (psych) analysé.

De même, « ils articulent un discours d’opposition aux droits des femmes ou des gays sur la base d’une articulation d’un retour vers la nature et vers l’authenticité », considère Gwen Fauchois. Cet argumentaire déjà utilisé en 2013 fait les beaux jours de la revue Limite et des analyses conservatrices et LGBTphobe de sa rédactrice en chef Eugénie Bastié, régulièrement sollicitée par les médias (Figaro en tête). Celle-ci n’est cependant pas la seule incarnation de cette écologie jonglant sur un lexique écolo-anticapitaliste en comparant des enfants à des OGM ou en assénant « la marchandisation des corps » comme point final de toute discussion.

Tout aussi symptomatiques sont les prises de positions de José Bové sur la chaîne catholique KTO, qui rejoignait ainsi les considérations du biologiste et membre d’Attac Jacques Testart, désormais invité favori de Limite. Les mouvements écologistes et anticapita- listes français, souvent empêtrés dans leurs difficultés à penser la révolution écologiste en l’articulant aux apports de problématiques LGBT ou décoloniales, devront sortir de cette ambiguïté et lutter contre cette récupération nauséabonde. À condition que les discussions s’engagent entre militant(e)s…

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