11 septembre 2017 ~ 0 Commentaire

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Les réunions secrètes des syndicats

Discrètement, les leaders des cinq principales organisations se sont rencontrés pour préparer leur lobbying.

La bataille des ordonnances a son côté « off ». En coulisses, hors du cadre des réunions de concertation organisées par le gouvernement, le lobbying n’a jamais cessé. Malgré les coups de menton dans les médias, les leaders des cinq centrales se parlent. La semaine dernière, ils se sont rencontrés pour évoquer la suite. Car la mise en musique des cinq ordonnances passera par des décrets d’application qui détailleront les différentes procédures. Une phase critique à surveiller de près. Selon nos informations, fin juin et début juillet, les numéros un de la CFDT, de la CGT, de FO, de la CFTC et de la CFE-CGC s’étaient déjà vus dans le plus grand secret. Alors même que Philippe Martinez, pressé par sa base, avait déjà décidé de porter le fer dans la rue…

Comme dans les médias, il y a le « on » et le « off ». Ce qu’on dit et ce qu’il ne faut surtout pas répéter. Dans le jeu syndical, c’est peu ou prou la même chose. La séquence sur les ordonnances Pénicaud et la réforme du Code du travail l’illustre parfaitement. Côté « on », les plus hostiles s’apprêtent à manifester. La journée de mardi sera un test pour la CGT, la FSU, Solidaires et l’Unef, qui appellent à faire barrage à la « loi travail XXL » partout dans le pays. L’enjeu de la participation est crucial. D’abord, pour damer le pion à La France insoumise, qui défile le 23 septembre. Mécontent de voir Jean-Luc Mélenchon investir le terrain social, Philippe Martinez a d’ailleurs décidé d’une nouvelle journée d’action le 21 septembre, sans attendre de voir si son appel du 12 sera entendu.

« La CGT est capable de mobiliser seule au moins 200.000 personnes. Si elle ne fait pas plus, ce sera une défaite »

Initialement, le numéro un de la CGT avait prévu de battre le pavé à l’occasion de la Journée mondiale pour la paix. Mais la crainte de voir un déferlement d’Insoumis dans les rues de la capitale a pressé la centrale de la porte de Montreuil d’élargir le mot d’ordre et de multiplier les sorties pour ne pas se faire voler le rôle de première opposante aux ordonnances.

Philippe Martinez sait que seule une forte mobilisation mettra la pression sur le gouvernement, qui envisage aussi de remettre en cause les avantages de certains statuts de salariés. Or la CGT compte parmi ses militants de nombreux cheminots, gaziers, électriciens qui pourraient bien pâtir des velléités de revenir sur des avantages acquis comme les retraites. « La CGT est capable de mobiliser seule au moins 200.000 personnes, rappelle Stéphane Sirot, spécialiste du syndicalisme à l’université de Cergy-Pontoise. Si elle ne fait pas plus, ce sera une défaite et un élément favorable au gouvernement pour mener ses réformes. »

Mardi, les cortèges seront gonflés par une cinquantaine d’unions départementales et huit fédérations de Force ouvrière, alors même que leur chef, Jean-Claude Mailly, n’appelle pas à manifester. Un beau pataquès en interne et une apparente division syndicale en externe. Mais la bataille des ordonnances a aussi son côté « off ». En ­coulisses, hors du cadre des ­réu- nions de concertation organisées par le gouvernement, le ­lobbying n’a jamais cessé. Malgré les coups de menton dans les médias, les leaders des cinq centrales se parlent. La semaine dernière, ils se sont rencontrés pour évoquer la suite. Car la mise en musique des cinq ordon- nances passera par des décrets d’application qui détailleront les différentes procédures. Une phase critique à surveiller de près.

Diplomatie cachée

Selon nos informations, fin juin et début juillet, les numéros un de la CFDT, de la CGT, de FO, de la CFTC et de la CFE-CGC s’étaient déjà vus dans le plus grand secret. Alors même que Philippe Martinez, pressé par sa base, avait déjà décidé de porter le fer dans la rue. Ensemble, ils avaient rédigé un document remis au début de l’été à l’Élysée, à Matignon et au ministère du Travail.

Intitulé « Lignes rouges et propositions d’ajouts communs aux cinq confédérations », il balisait ce que les syndicats refusent catégoriquement et, à l’inverse, les points auxquels ils tiennent, comme par exemple une plus grande participation des salariés au conseil d’adminis- tration. Une sorte de contre-attaque qui devait servir de monnaie d’échange. Finalement, si peu de ces revendications ont été entendues, le gouvernement a dû lâcher sur certaines mesures. Son désir d’avoir FO de son côté était trop fort. Depuis le début, Emmanuel Macron ne veut pas faire de la CFDT son interlocuteur privilégié, à la différence de Manuel Valls sur la loi El Khomri.

Au sortir de la présentation des ordonnances le 31 août, Jean-Claude Mailly parlait de « ces couvertures de Charlie Hebdo auxquelles vous avez échappé » en les comparant avec ce qui avait été évité. Il faisait clairement allusion à cette « diplomatie secrète », comme Stéphanie Sirot la qualifie, sans laquelle les textes finaux auraient été beaucoup plus « saignants ». La preuve? Quand on leur transmet une version non arbitrée le week-end du 26 août, le sang de Laurent Berger et Jean-Claude Mailly ne fait qu’un tour. « Il y avait moins d’une chance sur deux pour qu’il y ait un soutien », révèle un membre de la direction de Force ouvrière.

Près de sept lignes rouges subsistent. Parmi elles, les minima conventionnels, c’est-à-dire les planchers de salaires au-­dessous desquels l’entreprise ne peut pas aller, sortaient de la branche. Les négociations sans syndicat étaient autorisées dans les entreprises jusqu’à 300 salariés, comme le souhaitait le patronat. Et la ­période maximale de contestation du licencie- ment individuel devant les prud’hommes passait à deux mois. Des casus belli pour la CFDT et FO. Les téléphones chauffent. Le conseiller social de l’Élysée, Pierre-André Imbert, tente de calmer le jeu.

Le Président commence à s’inquiéter des risques d’embrasement. Les deux respon- sables syndicaux se rendent à l’Élysée le lundi 28 août. Jean-Claude Mailly plaide pour un rôle renforcé de la branche et Laurent Berger pour une véritable cogestion. Peine perdue pour le second. Ils ne découvriront le texte final que le jeudi matin, quelques heures avant la présentation aux journalistes. Le verre est à moitié vide. Ou à moitié plein.

9 septembre 2017

http://www.lejdd.fr/

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