22 août 2017 ~ 0 Commentaire

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77ème anniversaire de l’assassinat de Léon Davidovitch Brontstein

Trotsky, le spectre de la révolution

Il y a une question que des travailleurs, des jeunes, des intellectuels, des historiens et des écrivains se posent depuis le 20 août 1940: pourquoi Staline a-t-il fait assassiner Trotsky? 

Dans son roman passionnant L’Homme qui aimait les chiens, l’écrivain cubain Leonardo Padura nous présente un dialogue imaginaire qui a eu lieu en URSS après que Ramon Merca- der, l’assassin stalinien, ait mis fin à la vie de Léon Trotsky. Dans ce roman, ses participants ne peuvent s’empêcher de dire que ce plan, conçu des années à l’avance était « une exagération. Au vieux on aurait du le laisser mourir dans la solitude ou, dans son désespoir, se tromper et se couvrir de merde. Nous l’avons sauvé de l’oubli et nous avons fait de lui un martyr ».

Mais si cela était le cas, pourquoi Staline aurait-il conçu un plan mobilisant ses agents sur quatre des cinq continents pendant plus d’une décennie, obligeant Trotsky à voyager sur une « planète sans visa » par des expulsions successives, la première de l’URSS, puis de la Turquie, de la France et d’autres pays européens pour finalement atterrir au Mexique, sa dernière adresse ? Et pourquoi la bureaucratie stalinienne a-t-elle déployé d’innombrables ressources matérielles et de propagande pour calomnier Trotsky parmi les masses, l’accusant d’être un agent de l’impérialisme anglais, allemand, japonais et semant d’intrigues sa trajectoire ?

De toute évidence, et malgré certaines interprétations à la mode dans l’historiogra- phie circulant dans les milieux universitaires, ce n’était pas une simple obsession paranoïaque. Et bien que Trotsky n’ait pas été la seule cible de la bureaucratie stalinienne, comme en témoigne le fait que Staline a procédé à l’élimination de toute la génération des révolutionnaires russes qui avaient dirigé la révolution d’octobre 1917, il y a quelque chose dans la figure de Trotsky qui est particulière. L’assassinat de Trotsky est l’aveu de la bureau- cratie soviétique de l’influence énorme qui pourrait encore être exercée par le créateur de l’Armée Rouge parmi les masses prolétariennes de l’URSS et du monde. Et plus encore face aux grands cataclysmes qui se profilaient.

Les taches de la formation d’une nouvelle Internationale Révolutionnaire

Tout au long des années 1930, le PCUS stalinisé et l’Internationale Communiste n’étaient plus l’expression de l’avant-garde prolétarienne, mais la cristallisation de la caste bureaucratique qui avait usurpé le gouvernement de l’URSS. Ils étaient guidés par leurs propres intérêts de caste et contre les besoins révolutionnaires du prolétariat. Cela a été tragiquement corroboré par Trotsky en 1933 avec la défaite sans combat du prolétariat allemand face à la montée du nazisme et  la stratégie contre-révolutionnaire du Front Populaire menée par l’IC au cours du processus révolutionnaire espagnol.

Depuis 1933, Trotsky était arrivé à la conclusion que le PCUS et le Komintern ne pouvaient plus être réformés. Pour cette raison, il a consacré toutes ses énergies à l’orga- nisation d’un nouveau parti mondial de la révolution socialiste. En résumant le meilleur de l’expérience de la génération révolutionnaire bolchevique, en passant par les trois révolutions russes, la guerre civile dans laquelle il a érigé une armée de cinq millions de soldats ouvriers et paysans, les importantes contributions des quatre premiers congrès de l’IC, celle du « prolé- tariat à l’offensive », les conclusions de ses batailles d’idées et physiques contre la dégénéres- cence de l’état ouvrier soviétique et les événements de l’Allemagne et de l’Espagne, Trotsky incarnait le point le plus élevé de ce qui restait de la génération révolutionnaire.

À la fin de la décennie, les trotskystes en URSS, un nom qu’ils ont accepté par respect pour le chef révolutionnaire, mais qui n’a jamais remplacé celui de bolcheviks-léninistes comme ils se nommaient eux-mêmes, étaient une poignée de révoltés obstinés qui ont résisté aux camps de concentration staliniens. En Europe, en Amérique du Nord et dans le reste du monde ils se composaient principalement de petits groupes. Mais ils avaient une vision claire du scénario stratégique qui commençait à se dessiner au seuil de la Seconde Guerre mondiale. Et ils étaient déterminés à se préparer à intervenir dans les événements que cette guerre réveillerait.

Trotsky et une tâche indispensable

Les marxistes révolutionnaires internationalistes en plein milieu de la Première Guerre mondia- le ont participé aux conférences de Zimmerwald et Kienthal pour jeter les bases de ce qui serait une nouvelle internationale révolutionnaire, face au soutien aux bourgeoisies de chacun de leurs pays par les social-démocrates. Trotsky a partagé cette bataille avec Lénine, Rosa Luxemburg, et ceux qui avaient fait face à  l’énorme capitulation de la Deuxième Internatio- nale. Tous les révolutionnaires du monde pouvaient entrer dans un wagon de train.

Maintenant, la tâche à laquelle Léon Trotsky a consacré toutes ses forces, était de forger les bases d’une organisation révolutionnaire et internationaliste, à un moment sombre de l’histoire de l’humanité, au seuil de la Seconde Guerre mondiale. Certes, comme le dit Isaac Deutscher, à ce moment-là, il se souviendrait des lignes qu’Adolf Ioffe lui avait envoyées dans une lettre qui lui rappelait l’inflexibilité et la détermination de Lénine au milieu de la Première Guerre mondiale : « Mais il m’a toujours semblé qu’il vous manquait cette inflexibilité, cette intransigeance dont a fait preuve Lénine, cette capacité de rester seul en cas de besoin, et de poursuivre dans la même direction, parce qu’il était sûr d’une future majorité, d’une future reconnaissance de la justesse de ses vues ».

Trotsky avait compris son rôle et considérait qu’il était essentiel comme jamais auparavant . Et là on parle de quelqu’un qui, en 1905, était président du Soviet de Pétrograd, qui en 1917, a dirigé avec Lénine la révolution russe et avait joué un rôle central dans l’insurrection d’octobre, qui plus tard se distinguera en tant qu’organisateur et stratège militaire à la tête d’une armée de cinq millions de soldats ouvriers et paysans, et qui en plus de tout cela, a participé comme l’un des principaux orateurs et rédacteurs des documents fondateurs de l’Internationale communiste dans ses quatre premiers congrès. Au moment de nager contre le courant de la « nuit noire » du stalinisme, en maintenant la continuité du programme et la stratégie du marxisme révolutionnaire, Trotsky a compris que sa place ne pouvait être occupée par quelqu’un d’autre.

Un nouveau parti de la révolution mondiale

Au moment de sa fondation, en 1938, la Quatrième Internationale n’a rassemblé dans ses rangs qu’un petit nombre de cadres et de militants. Cependant, Trotsky a prédit que la guerre générerait de nouvelles montées révolutionnaires, la faillite du stalinisme, de même que le déclenchement de la Première Guerre mondiale avait sonné le glas de la social-démocratie…

Héctor “Catoto” Penuto Federico Roth

lundi 21 août

http://www.revolutionpermanente.fr

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