16 août 2017 ~ 0 Commentaire

ps (médiapart)

Le Parti socialiste est-il encore en état de faire de la politique ?

Le PS compte désormais une direction collégiale à 15 membres. Certains secrétaires nationaux sont partis chez Macron, d’autres se désintéressent désormais du parti. Le nombre d’élus est en chute libre après les élections locales du quinquennat Hollande, et celui des adhérents est au plus bas. Un paquebot qui prend l’eau de partout mais auquel on vient de fabriquer 15 gouvernails peut-il arriver à bon port ?

La nouvelle direction collégiale du PS nommée le 8 juillet, et présentée au Bureau national le 17 juillet, est chargée de répondre à la question. Sept femmes et huit hommes vont prendre ces prochains mois les rênes d’un Parti Socialiste à l’agonie depuis ses défaites à la présidentielle et aux législatives. Iil devait y avoir huit femmes mais Éricka Bareigts, réélue députée de La Réunion sans candidat La République en marche face à elle, a préféré décliner la proposition.

À entendre Rachid Temal, membre de la direction collégiale et secrétaire national chargé de la coordination et de l’animation, le « processus » est pourtant bien huilé : une « feuille de la refondation de notre parti » devrait être rédigée courant août, « en lien avec les militants»« avec les territoires ». Cette « feuille de route » sera ensuite retravaillée fin août lors d’un séminaire associant les fédéraux du parti notamment. Un vote des militants est prévu en septembre.

Tout va très bien donc. Sur le papier du moins. Reste que le statut de Jean-Christophe Cambadélis est toujours des plus flou. Il a bien annoncé, au soir du second tour des législa- tives, son départ du premier secrétariat et sa volonté d’« organiser la transition »jusqu’au vote de la feuille de route qui lui permettra de « partir le cœur léger »(Libération du 24 juin). Sauf qu’il est toujours en poste. Frédéric Bonnot, secrétaire général administratif du PS, confirme:  «Cambadélis est toujours premier secrétaire en titre. Du strict point de vue juridique il y a encore un premier secrétaire », indique-t-il à Mediapart. Sans compter que les statuts du PS ne prévoient pas un tel cas de figure : selon l’article 3.2.7, « en cas de vacance prolongée du poste de Premier secrétaire du parti, le Conseil national élit un nouveau Premier secrétaire qui reste en poste jusqu’au prochain congrès ». Or le congrès n’est pas prévu avant 2018.

D’ici là, le rôle de la direction collégiale reste assez difficilement lisible. Interrogé par Mediapart, Rachid Temal, proche de Cambadélis, membre de cette direction et secrétaire national chargé de la coordination et de l’animation, ne veut pas s’exprimer pour le moment.  « On ne peut pas à la fois dire qu’on travaille sur la question de la refondation et commencer à donner des réponses », estime-t-il. « Nous sommes un collectif, donc je ne veux pas être un porte-parole », ajoute-t-il. Luc Carvounas, député réélu et membre de la direction collective, est plus bavard. Pour lui, « il faut qu’on accélère, car Macron s’affaisse beaucoup plus vite qu’on ne le pensait. Il faut bosser et proposer, avoir une ligne politique qui est claire ».

À l’échelon inférieur du PS, les choses ne vont pas mieux. Lors de l’audit social interne mené par Syndex fin 2016, le parti comptait encore 75 secrétaires nationaux (SN) et nationaux adjoints. Selon nos informations, il n’en compte plus aujourd’hui que 68. Et encore. Christophe  Borgel, sur le site, est annoncé comme secrétaire national chargé du pôle « animation, élections et vie du parti » mais, joint par Mediapart, il précise avoir démissionné.

Où sont partis les autres secrétaires nationaux ? Chez Macron, pour certains. Tels Nicolas Bays, Bernadette Laclais, Brigitte Bourguignon ou Sophie Errante. Laurent Grand- guillaume, lui, a décidé d’arrêter la politique. Et Jean-Marc Germain a basculé à la direction provisoire.  Les secrétaires nationaux restants, ou les nouveaux, vont avoir du pain sur la planche. Et d’abord en interne. L’audit de Syndex  pointait notamment le fait que certains SN étaient « suffisamment investis dans leur coopération avec les assistants politiques » ou que la communication entre l’un et l’autre, parfois, ne fonctionnait pas. Syndex relève aussi que certains SN délaissent complètement les assistants politiques : « Soit ils n’ont pas besoin de leur travail, soit ils commandent du travail, le reçoivent mais ne répondent pas. »

L’inverse est aussi possible, comme l’explique un permanent de Solférino : « Parfois les AP appellent les SN pour des signatures, mais ils sont en fait partis à En Marche!, ou bien ont pris leurs distances avec le parti. » D’autres salariés pointent certaines hérésies, comme ce pôle qui compte 13 secrétaires nationaux mais seulement deux assistants politiques, « et encore l’un est en CDD ».

En redescendant encore d’un échelon, les problèmes se multiplient. Les mauvais résultats du PS lors de toutes les élections durant le quinquennat de François Hollande ont pesé. Ainsi, aux municipales de 2014, le PS est passé de 60 000 élus à 30 000 élus, sans compter ceux qui, depuis, sont passés à En Marche!. Or ces élus constituent sur le terrain le cœur de la base militante, un véritable réseau d’influence, et rapportent des ressources finan-cières non négligeables. Au niveau national aussi, la dotation publique du PS va chuter : elle va passer de 24,8 millions d’euros à entre 6 et 6,5 millions par an, en fonction du résultat des élections sénatoriales de septembre, selon les estimations de Solférino.

Contacté par Mediapart, Frédéric Bonnot, le secrétaire général administratif, rappelle qu’il y a trois grands postes de dépenses pour le parti : la masse salariale, entre 11 et 12 millions d’euros (12 en comptant les CDD) ; la péréquation, c’est-à-dire le reversement de la dotation publique aux fédérations, pour 6 millions ; et enfin le budget de fonctionnement. La péréqua- tion est sérieusement menacée, comme les permanents des fédérations : très peu vont pouvoir garder leurs salariés.

Ce climat déjà lourd est aggravé par les dysfonctionnements qui affectent plusieurs fédérations. Selon nos informations, environ sept premiers (secrétaires) fédéraux ont démis- sionné ces dernières semaines. Dans le Maine-et-Loire, trois premiers (secrétaires) fédéraux se sont succédé après avoir chacun démissionné. Aujourd’hui, c’est une direction collégiale qui gère la fédération. Par ailleurs, même certaines fédérations connues pour leur légitimisme, comme le Loiret ou la Charente-Maritime, réclament un congrès au plus tôt.

Rachid Temal reste optimiste. Certes, les fédérations sont sorties essorées de la séquence électorale, relève ce proche de Cambadélis, mais elles vont « se reposer un peu » et s’orga- niser à partir de septembre. Les fédérations sont en effet censées prendre part à l’élaboration de la « feuille de route ». Une consultation électronique auprès des 600 000 militants et sympathisants du parti va avoir lieu courant août. Même si le chiffre comme la méthode font tousser à Solférino.

De très nombreux permanents ont mal vécu de découvrir cette procédure le jour de son annonce, le 17 juillet, lors de la première réunion de la direction collégiale. Certains d’entre eux se demandent aussi d’où sort ce chiffre de 600 000. Luc Carvounas, député et membre de la direction collégiale, estime que cette consultation pourra au moins servir d’« introspection, pour voir ce qui a marché et ce qui n’a pas marché ». « On est parti avec tout et on arrive avec rien », ajoute-t-il.

Le chiffre de 600 000 rappelle en tout cas la promesse de Jean-Christophe Cambadélis en arrivant à la tête du parti. Celui-ci avait annoncé devant ses troupes, dubitatives, qu’il voulait faire du PS un grand parti de masse, à 500 000 adhérents à la fin du quinquennat. Celui-ci est terminé et la consultation des adhérents va permettre, en septembre, d’en mesurer le nombre. Ce ne sera de toute évidence pas 500 000.

 « Si on est à 40 à 50 000 adhérents à jour de cotisation au moment de la consultation, ce sera déjà pas mal », soupire un permanent de Solférino. Qui explique qu’il faut avoir payé sa cotisation au moins une fois dans les trois années précédentes pour être enregistré comme un adhérent, mais qu’il faut être à jour de sa cotisation annuelle pour pouvoir voter à la consulta- tion. On saura alors combien de passagers il reste à bord du paquebot socialiste.

mediapart

11 AOÛT 2017 PAR CHRISTOPHE GUEUGNEAU

https://www.anti-k.org/

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