15 août 2017 ~ 0 Commentaire

la réunion (luttes invisibles)

Battaille du Bogside, Derry 12 14 août 1969, les flics reculent

Quand le Chaudron tousse…

Sans jouer les Cassandre, il faut bien avouer que par les temps qui courent, du fait d’une certaine tension sociale et d’un énervement diffus, à l’approche d’une rentrée qui sera fatalement amère, les signes avant-coureurs de mouvements de rue, spontanés ou pas, focalisent l’attention ; surtout à La Réunion, quand quelque chose se passe au « Chaudron », quartier devenu mythique depuis les événements que l’on sait, en février et mars 1991….

On est loin aujourd’hui du contexte de l’époque, Freedom n’est plus aujourd’hui qu’une radio atypique et prospère, le PCR un fossile politique, passons sur le Parti Socialiste…

Seul point commun avec 1991, Gilbert Annette demeure maire de Saint-Denis. Le quartier du Chaudron n’est pas pour autant acquis à ses couleurs, et Monique Orphé, députée sortante de la VIe circonscription, a été éliminée aux dernières législatives en dépit du soutien que lui apportaient « En Marche » et la majorité municipale… Pour mémoire, en 2015, elle avait avoué publiquement ne plus vivre au Chaudron « parce que c’est vrai, c’est un quartier où il y a, aussi, beaucoup de logements sociaux », confession audiovisuelle qui était fort mal passée dans la population.

Donc quand hier, en fin d’après-midi, suite à un contrôle de police, la tension est brutalement montée, avec affrontements entre riverains et forces de l’ordre, poubelles enflammées, jets de lacrymos croisant dans l’atmosphère enfumée les trajectoires parabo-liques  de grenades péi entre autres artefacts projetés sur tout ce qui portait un uniforme, on aurait pu se croire confronté à quelque chose qui ressemblait à un début de crise… sociale, ou pas.

Il est permis de douter de la nature de ces événements incontrôlés et spontanés que sont les flambées de colère de quartier, car nul ne sait en pressentir l’évolution. Une étincelle suffit parfois à enflammer des territoires quand rien ni personne n’est en situation de le prévoir.

Or, à La Réunion, comme ce sera le cas en métropole dans quelque temps, tous les paramètres sont réunis pour que s’exprime une contestation du nouveau pouvoir, ou du moins de ses décisions politiques emblématiques. Rien de tel pour faire monter la tension que de rogner sur les dispositifs comme les « allocs » qui permettent aux plus défavorisés d’accéder au logement, de payer leur loyer ou encore, à l’instar des Emplois aidés, entre autres dispositifs du même tonneau, de gagner un peu d’argent avec un « contrat ».

Et si d’aucuns trouvent ridicule de ronchonner pour 5 euros de moins par mois, ils sont quelques milliers à ne pas apprécier la chose à La Réunion, d’autant qu’on ne leur a pas demandé leur avis. La grogne est bien pire en ce qui concerne les contrats aidés, qui pour être supposément improductifs vont être ratiboisés à hauteur de 75 % de ce qu’ils étaient précédemment.

En 2016 on a attribué plus de 40 000 contrats, aidés, d’avenir, des CUI, des prises en charge via la Garantie Jeunes… sans oublier la déclinaison locale des 500 000 nouvelles formations du plan d’urgence en faveur de l’emploi… Moralité, pour ne traiter que des Contrats aidés, il n’en restera que 5 000 pour toute La Réunion, 2 800 étant déjà mobilisés pour la seule rentrée scolaire, en attendant que la ministresse du Travail invente la panacée anti-chômage. Autant dire que ce n’est pas demain la veille.

Il faudra ajouter à ces raisons de ne pas être content la mobilisation syndicale du mois de septembre contre la nouvelle Loi Travail sur ordonnance, le genre de remède qui suscite des effets secondaires avant même d’avoir été administré…

Alors quand bien même au Chaudron, hier soir, le coup de chaud concernait plus les suppor- ters énervés de rodéos en scooter, qui défient les forces de l’ordre depuis des semaines, tout en cassant les oreilles aux riverains, le simple fait de voir les policiers tenus en respect par les plus excités, avant de reculer en dehors de « leur territoire », constitue un marqueur significatif d’un certain état d’esprit. Quant à savoir si les pousseurs du soir sont du Chaudron ou pas, c’est une autre histoire, ils tiennent le terrain et si Neymar n’avait pas joué, les jeux du cirque se seraient peut-être prolongés dans les rues…

14 août 2017 Philippe Le Claire

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