14 août 2017 ~ 0 Commentaire

austérité (médiapart)

macron

Réduire la fonction publique n’est pas un choix rationnel

La réduction des services publics ne s’inscrit pas dans une logique dictée par des chiffres contrairement à ce que veulent faire croire ceux qui la promeuvent.

François Fillon légitime la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires par le fait que le nombre d’agents publics a très fortement augmenté et qu’il est aujourd’hui nettement plus élevé en France que chez la plupart de nos voisins. Les think-tank libéraux répètent inlassable- ment le credo d’une France surdotée d’emplois publics par rapport aux autres pays.

C’EST FAUX ! Une faible augmentation du taux de fonctionnaires

Pour faire croire à un recours inflationniste à la création de postes de fonctionnaires, il faut choisir de ne raisonner que sur les chiffres bruts : 3,8 millions en 1980 // 5,6 millions en 2015 soit une forte augmentation. Mais en réalité ce que traduit ce chiffre n’est pas tant l’augmen-tation du nombre de fonctionnaires que l’augmentation de la population !

Car c’est évidemment proportionnellement à la population totale que cette question doit être examinée : plus la population est nombreuse, plus le nombre de fonctionnaires nécessaires au bon fonctionnement des services publics est élevé. Et si on compare le nombre de fonctionnaires proportionnellement à la population totale, l’augmentation est seulement de 1,4%. et, actuellement, le nombre de fonctionnaires croit moins fortement que la population.

Un nombre de fonctionnaires moins élevé qu’il y paraît

Si le nombre de fonctionnaires pour 1000 habitants est supérieur en France à la moyenne européenne, nous sommes loin d’être le pays des records en la matière ! Par exemple, la Finlande, souvent citée y compris par les discours libéraux comme modèle pour ses services publics a presque 130 fonctionnaires pour 1000 habitants alors que nous n’en avons que 80. Nous avons même moins de fonctionnaires pour 1000 habitants que les États-Unis.

Si nous regardons la part des fonctionnaires dans l’emploi public, la France se situe parmi les pays ayant un taux faible (l’emploi public représente environ 20% de l’emploi total en France) et en dessous de la moyenne européenne (environ 25%) et de la plupart des pays européens. Et ce taux a été davantage réduit en France que dans la moyenne des pays européens (1,5% contre 0,5%)

Si on compare le nombre de fonctionnaires à la surface du pays, ce qui est une donnée signifiante car la faible densité de population nécessite un nombre de fonctionnaires supérieur pour que le service public soit assuré équitablement sur l’ensemble du territoire. Là encore, la France est loin d’être dans le peloton de tête avec un taux inférieur à l’Allemagne.

La comparaison ne peut se limiter à ces chiffres car le nombre de fonctionnaires doit être mis en regard des missions exercées par le service public.

Ainsi le Royaume-Uni qui a privatisé une grande partie de ses services publics n’en n’a pas moins un taux d’emploi public/emploi total comparable à celui la France. Idem pour l’Allemagne.

Que les choses soient claires : la réduction des effectifs de la fonction publique n’obéit donc pas à une rationalité dont les chiffres feraient la preuve, elle est un choix politique : celui de transférer une part des missions des services publics vers des services privés et payants. C’est-à-dire de les réserver aux plus riches et donc de priver les classes populaires de soins, d’éducation, de culture et de sécurité.

Sources : INSEE, OCDE, OFCE, Ministère de la Fonction publique

Paul DEVIN 11 févr. 2017

Syndicaliste FSU, inspecteur de l’Education nationale, secrétaire général du SNPI-FSU, syndicat des inspecteurs (IEN et IA-IPR).

https://blogs.mediapart.fr/

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