27 juillet 2017 ~ 0 Commentaire

dossier 1917 (alternative libertaire)

L’anarchiste Jelezniakov disperse l’Assemblée constituante

C’est un épisode historique relativement connu : la dispersion de l’Assemblée constituante russe, le 5 janvier 1918, s’est faite sous la contrainte du matelot de Cronstadt Anatoli Jelezniakov… avec évidemment l’aval du pouvoir bolchevik.

Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1918, après seulement douze heures de session, le pouvoir bolchevik, approuvé par ses alliés anarchistes et SR de gauche, fait disperser l’Assemblée constituante. Celle-ci vient d’annuler plusieurs décisions du IIe congrès des soviets, tenu en octobre 1917.

Assemblées concurrentes, la Constituante et le congrès des soviets sont élues sur des bases très différentes : la Constituante l’est au suffrage universel, dans toutes les classes sociales ; le congrès des soviets ne comporte que des députés élus dans les usines et les régiments.
Pour les anarchistes, la légitimité politique revient au congrès des soviets… même si, par la force des choses, il est dominé par le gouvernement bolchevik auquel ils sont hostiles.

Les Parti bolchevik, lui, avait tellement réclamé la convocation d’une Assemblée constituante entre février et octobre qu’une fois au pouvoir, il n’a pu faire autrement que d’en organiser l’élection. Le quotidien anarchiste de Petrograd, « Bourevestnik », avait alors condamné une décision « contradictoire, extrêmement nuisible et dangereuse ». Sans surprise, le scrutin donne une large majorité de députés modérés, principalement SR et mencheviks.

La Constituante ne siégera cependant qu’une unique journée. Le 6 janvier, à 4h40 du matin, le commandant de la garde du palais de Tauride, l’anarchiste Anatoli Jelezniakov, avec l’aval du chef bolchevik Dybenko, vient donc taper sur l’épaule du président de l’Assemblée constitu- ante, Viktor Tchernov, et lui intime l’ordre de lever la séance. Le pays se montrant indifférent à ce coup de force, la Constituante ne sera plus autorisée à se réunir. Une semaine plus tard, le IIIe congrès des soviets approuvera ce coup de force, affirmant sa légitimité contre celle de la Constituante. Dans la réalité, c’est surtout le gouvernement bolchevik qui a désormais les coudées franches.

26 juillet 2017

http://alternativelibertaire.org/

Commentaire: Ce n’est pas tant le mode de scrutin qui importe mais la dynamique de la révolution en marche! Les soviets auraient-ils dû « rendre » le pouvoir à ceux qui ne songeaient eux mêmes qu’à le « rendre » à la bourgeoisie pour continuer la guerre avec les alliés et devoir tout recommencer? Faire ce qui a perdu la révolution espagnole?

Édito : Les anarchistes, leur rôle, leurs choix

De la Révolution russe, les libertaires ne retiennent souvent que deux épisodes épiques et signifiants : la Makhnovchtchina, Cronstadt 1921. La séquence initiale de 1917-1918 est plus mal connue. C’est pourtant là que l’essentiel de la partie s’est jouée pour le mouvement anarchiste. Quelle était alors sa consistance, quel fut son rôle, quels choix opéra-t-il ?

En février 1917, après l’effondrement des institutions impériales, émergea une administration alternative – les soviets, les comités d’usines –, base d’un possible pouvoir populaire. Possible, mais pas assuré. Beaucoup dépendrait de l’orientation imprimée par les différents courants politiques à l’œuvre. Or, en février 1917, l’anarchisme était la composante la plus minoritaire du socialisme russe.

Certes, la politisation fulgurante du prolétariat et des conscrits entraîna alors une croissance pléthorique des partis et des syndicats, jusque-là clandestins. Mais comment transformer ce flot de convertis volatils en une force collective, capable de peser sur le cours des événe- ments ? Toutes les organisations furent confrontées à cet enjeu, auquel le mouvement anarchiste ne put répondre. Par manque de moyens, assurément ; par manque de volonté aussi, du fait d’un reliquat de spontanéisme hérité de la période « terroriste » de 1905-1906.

Des années plus tard, bien des militants souligneront ces lacunes. Voline déplorera le manque de « cadres » pour répandre les idées anarchistes et « contrecarrer la puissante propagande et l’action bolchevistes » [1]. Makhno en voudra aux « anarchistes des villes » de n’avoir pas épaulé ceux des campagnes [2]. Anatole Gorélik jugera qu’« il y avait très peu de militants anarchistes de formation théorique suffisante » et évoquera son angoisse quand, dans le Donbass, il voyait « chaque semaine, des dizaines de représentants et délégués d’ouvriers » qui réclamaient « des orateurs et agitateurs, de la littérature politique, mais surtout une aide morale et théorique » sans que son groupe soit en mesure de répondre à la demande [3].

Le mouvement anarchiste n’ayant pu surmonter à temps son handicap initial, une large part de sa mouvance fut satellisée, puis aspirée par le Parti bolchevik, que sa supériorité numérique et organisationnelle faisait apparaître comme un outil plus efficace pour parer au plus pressé : vaincre la bourgeoisie et la contre-révolution. Que faire pour échapper à cette fatalité, et créer la surprise ? Ce dossier raconte comment le ­mouvement libertaire joua sa partition et tenta de rattraper son retard, avant d’être brutalement étranglé par le nouveau pouvoir.

Guillaume Davranche (AL Montreuil) et Pierre Chamechaude (Ami d’AL, Paris)

http://alternativelibertaire.org/

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