21 juillet 2017 ~ 0 Commentaire

berlin (les inrocks)

Les lesbiennes s’emparent de la rue

Le 21 juillet 2017, plusieurs milliers de lesbiennes défileront dans les rues de la capitale allemande sous la bannière de la “Dyke* March Berlin”. Née aux États-Unis dans les années 1990, cette manifestation internationale qui a généralement lieu la veille de la Marche des fiertés s’est donnée pour but de rendre les lesbiennes plus visibles.

De belles mécaniques chevauchées par des femmes aux postures hiératiques, du cuir, beau- coup de cuir, des nuques fièrement taillées au rasoir. Les “dykes on bikes” qui ouvrent chaque année le cortège de la Dyke* March Berlin sur leurs motos rutilantes ne font pas dans la dentelle, et c’est le but. “Il y a beaucoup de clichés sur les lesbiennes qui ont un fond de vérité. Les lesbiennes ont souvent un penchant pour les grosses machines, les bus, les camions, et aussi pour les motos” explique Manuela Kay, rédactrice en chef du magazine lesbien L-Mag (1) et instigatrice de la manifestation berlinoise: “Cette tradition des ‘dykes on bikes’ vient d’Amé- rique du Nord, où il y a beaucoup de clubs de moto féminins et lesbiens. Rouler en moto véhicule une image puissante et sexy.” Voilà pour le côté glamour de cette marche des lesbiennes, qui aura lieu le 21 juillet 2017 dans les rues de Berlin pour la cinquième année consécutive.

“Le ‘L’ de ‘lesbiennes’ est souvent laissé de côté”

Si le mot d’ordre de la manifestation, “visibilité lesbienne et joie de vivre”, peut paraître léger à première vue, les organisatrices entendent bien faire passer un message politique en défilant la veille de la Pride berlinoise, lors de laquelle les luttes féministes et antisexistes peinent à exister au milieu des drapeaux arc-en-ciel. “Nous prenons possession de la rue et défilons pour nos droits car durant le CSD (2), et de manière générale au sein de la communauté LGBTIQ, le ‘L’ de ‘lesbiennes’ est souvent laissé de côté”, déplore Manuela Kay, qui ajoute:

“Déjà qu’il n’a pas été facile autrefois pour les lesbiennes de se faire une place au côté des gays, dans un contexte sociétal patriarcal, maintenant que la communauté compte de plus en plus de groupes d’intérêts qui luttent évidemment eux aussi pour leur visibilité, les lesbiennes sont repassées à l’arrière-plan.”

Elle constate également ces dernières années “un certain repli sur la sphère privée” au sein de la communauté lesbienne allemande et une certaine forme de dépolitisation au fur et à mesure que les droits des lesbiennes se sont étendus – elles ont par exemple le droit de se marier depuis peu et ont accès à la PMA, même si les discriminations envers les couples lesbiens restent très répandues dans ce domaine de la part des médecins.

La Dyke* March Berlin se donne donc pour mission “de réinscrire les sujets qui concernent les lesbiennes à l’agenda politique”. L’étoile qui flanque le mot “dyke” se veut une invitation explicite à l’adresse des personnes trans à se joindre à la marche.

Fières d’être “gouines”

Née aux États-Unis, la Dyke March a eu lieu pour la toute première fois le 24 avril 1993 à Washington D.C. Ce jour-là, plus de 20 000 lesbiennes ont défilé dans les rues de la capitale américaine à l’appel du groupe d’action directe “The Lesbian Avengers”. Rassemblées devant la Maison blanche, elles se sont mises à scander “The fire will not consume us. We take it and make it our own”, avant de se mettre à “manger” du feu, comme on peut le voir sur ces images d’archives.

Les manifestantes voulaient attirer l’attention sur un crime raciste et homophobe survenu quelques semaines plus tôt: attaqués par une bande de néonazis qui avait mis le feu à leur domicile dans la ville de Salem (Oregon), Hattie Mae Cohens, une lesbienne noire et son colocataire gay Brian Mock avaient été brûlés vifs.

En reprenant à leur compte le mot “dyke“, qui signifie “gouine” en anglais et qui a gagné en visibilité aussi grâce à la géniale BD de la dessinatrice lesbienne américaine Alison Bechdel Dyke Out, traduite en français en 2016 aux Éditions Même pas mal sous le titre Gouines à suivre, les fondatrices des Dyke Marchs avaient à cœur dès le départ de rendre les lesbiennes plus visibles au sein de la société américaine. Un point que Facebook ne semble toujours pas avoir compris: ces dernières semaines, plusieurs utilisatrices se sont faites temporairement virer du réseau social parce que les modérateurs de l’entreprise américaine continuent de ne voir qu’une insulte dans le mot “dyke“, comme le rapportait récemment Slate.com.

Les marches organisées aujourd’hui dans les grandes villes d’Amérique du Nord rassemblent chaque année la veille de la Pride des milliers de participantes, à l’instar de celles de New York, San Francisco ou Toronto. Bien représenté en Allemagne – il y a également des manifestations à Cologne, Hambourg et Heidelberg – le mouvement peine à s’exporter en Europe. Londres s’y est mise depuis plusieurs années, ainsi que Vienne. À quand Paris?

(1) L’auteure de cet article écrit également pour le magazine queer berlinois Siegessaeule, qui appartient à la même maison d’édition que L-Mag
(2) Abréviation de “Christopher Street Day”, le nom donné à la Marche des fiertés en Allemagne, en référence aux émeutes de Stonewall  survenues en 1969 à New York, qui sont considérés comme le point de départ du militantisme LGBT

 Annabelle Georgen  20 juillet 2017
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Commentaire:  A bas la société patriarcale!

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