20 juin 2013 ~ 0 Commentaire

Brésil. Le 17 juin 2013 est déjà entré dans l’histoire (Al’e)

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Déclaration du PSTU (Parti socialiste des travailleurs unifié)

100 mille personnes à Rio de Janeiro, 66 mille à São Paulo, 50 mille à Belo Horizonte [Etat de Minas Gerais], 20 mille à Porto Alegre [Rio Grande do Sul], 15 mille à Belém [Pará], 10 mille à Curitiba [Paraná], 10 mille à Brasilia et plusieurs autres dizaines de milliers dans le pays et à l’étranger. En tout, douze capitales d’Etats de la Fédération ont participé à des manifestations et beaucoup d’autres villes ont fait de même. La population de certaines d’entre elles a marché jusqu’aux palais des gouvernements [des Etats] et du Congrès national, essayant ainsi de «s’emparer des bastilles» du pouvoir corrompu de la bourgeoisie brésilienne [Parti des travailleurs, y compris]

Le 17 juin 2013 est déjà entré dans l’histoire. On n’avait pas vu au Brésil de manifestation de cette dimension depuis 21 ans, c’est-à-dire depuis les grandes manifestations pour chasser Collor de Melo du pouvoir [impeachment de Fernando Collor de Mello en décembre 1992, déchu de ses droits civiques pour 8 ans ; il sera néanmoins à nouveau élu gouverneur de l’Etat d’Alagoas avec le Parti rénovateur travailliste brésilien]. Mais pourquoi le Brésil est-il descendu dans les rues ce lundi 17? Sans aucun doute, l’augmentation du prix des billets des transports publics à São Paulo, introduite par Fernando Haddad [du PT maire de São Paulo] et par Geraldo Alckmin [du PSDB – Parti de la social-démocratie brésilienne, gouverneur de l’Etat de São Paulo], en plus de la brutale répression du 13 juin, a été l’étincelle qui a mis le feu aux manifestations. Cependant, les manifestations expriment un mécontentement plus profond, qui va des premiers signes de la décélération de l’économie – avec la reprise de l’inflation qui est sans doute l’élément le plus fortement ressenti – jusqu’à la révolte de la population contre l’abandon et la passivité des services publics face au vol de sommes astronomiques que constituent les travaux gigantesques autour de la Coupe du Monde. Sur toutes ces questions, la faute va au gouvernement Dilma Rousseff, du PT.

La décélération de l’économie, qui se manifeste entre autres par l’inflation, a miné la sensation de «bien-être» provoquée par la stabilité économique et l’augmentation de la consommation à travers le crédit. L’inflation érode le pouvoir d’achat des salaires déjà très bas. En plus de cela, les salaires se voient de plus en plus rabotés par les dettes croissantes qu’ont accumulées les familles. De son côté, le gouvernement Dilma répond en jetant à la poubelle son supposé «développementisme» (qui en vérité n’a jamais été rien d’autre que le vieux néolibéralisme, associé à des politiques sociales compensatoires) pour appliquer les bonnes vieilles recettes social-démocrates qui exaltent les vertus du superavit primaire [solde budgétaire positif avant le paiement des intérêts de la dette], les taux d’intérêt élevés et les taux de changes fluctuants. En d’autres termes, cela signifie plus de coupes dans les budgets de la santé et de l’éducation. Cela signifie plus de baisses salariales et d’endettement. Ce sont là des éléments d’instabilité, mais cela ne signifie pas pour autant que le pays soit au bord d’une récession. Cela signifie qu’il existe des points de vue différents sur l’économie. Il n’y a plus l’«océan de roses» auquel le gouvernement voulait nous faire croire. L’une des expressions de ce processus, c’est la chute de la cote de popularité de Dilma qui est tombée de 8% durant l’ouverture de la Coupe des Confédérations à Brasilia [une Coupe qui s’organise une année avant le Mondial de foot].

Il y a de l’argent pour la Coupe, mais il n’y en a pas pour la santé, l’éducation… Les gouvernements de droite ont privatisé la santé et ont abandonné les hôpitaux publics. Les gouvernements «pétistes» [du PT] on fait la même chose. La majorité de la population (70%) souffre pour obtenir des consultations et passer des examens à cause du SUS [Système unique de santé]. L’autre partie de la population est l’otage des ordres et des contre-ordres de plans de santé privés. L’éducation du pays se trouve en lambeaux. La bourgeoisie condamne des millions d’enfants et de jeunes à ne pas avoir accès à l’éducation. Dans les classements internationaux, le Brésil est au 88e rang sur 126, derrière le Honduras, l’Equateur et la Bolivie. Le salaire des professeurs est une honte, et quand ceux-ci se mobilisent, c’est par la répression que les gouvernements leur répondent. Toute cette situation contraste avec les milliards accordés aux entreprises dans le cadre des négociations que les stades ont entreprises avec eux pour la Coupe. Pour les douze stades, les dépenses dépassent aujourd’hui les 10 milliards de réais. Le pire de tout, c’est que le gouvernement Dilma va faire avec les stades ce qu’il a déjà fait avec le pétrole: il va privatiser le tout pour des clopinettes, comme il l’a d’ailleurs déjà fait avec le Maracanã [stade de football de Rio l’un des plus grands du monde].

C’est une coupe corrompue qui a aussi été marquée par les lâches expulsions d’habitants pauvres en fonction de travaux d’infra- structure. Selon le Comité populaire de la Coupe du monde 2014, ce n’est pas moins de 250’000 personnes qui vont être chassées de leurs maisons. Une Coupe qui a mis la souveraineté du pays dans les mains de la FIFA [Fédération Internationale de Football Association, dirigé par Sepp Blatter. De Viège dans le Haut-Valais suisse; un charmeur de journalistes, un retors qui manie les demi-vérités en syntonie parfaite avec l’ambiance nauséabonde du siège «clean» de la FIFA à Zurich] et entreprises qui la sponsorisent. L’absurde a été poussé jusqu’à l’approbation d’une loi – la Loi générale de la Coupe – qui supprime la législation du pays et impose même la censure. C’est cette que la Troupe de choc a invoquée pour réprimer la manifestation de Belo Horizonte qui indiquait au mineiros:«Ici on n’entre qu’avec l’autorisation de la FIFA», selon la formule d’un colonel de la Police militaire. Qui ne se souvient de la fameuse phrase de Jerôme Valcke, de la FIFA [manager français, secrétaire général de la FIFA à Zurich-Suisse], qui en est venu à dire qu’il faudrait «donner un coup de pied au cul» du Brésil pour rendre plus efficace ladite loi ? Les manifestations du 17 juin ont été la réponse. C’est le coup de pied que le peuple brésilien a donné dans le cul de la FIFA.

Tarif zéro, tout de suite ! Le PT et le PSDB sont totalement otages de la mafia des compagnies de bus. Leurs campagnes électorales sont financées par ces entreprises. Selon des chiffres de la préfecture elle-même, publiés sur la page internet de la revue Exame, la ville de São Paulo, devra dépenser en 2013 près de 1,25 milliards de reais pour subventionner des entreprises de bus privées [l’ex-patron de la FIFA de 1974 à 1988, sous la dictature militaire, le Brésilien Joao Avelange, était propriétaire d’une gigantesque compagnie de bus]. L’augmentation du billet de 3,20 reais a été une rétribution pour cette mafia. Le PSTU défend la suppression de cette augmentation, tout de suite! Nous défendons aussi le Tarif zéro, tout de suite. Ce n’est pas une utopie, comme la bourgeoisie voudrait nous le faire croire. Dans les temps anciens du PT, à l’époque de l’administration à Sao Paulo de Luiza Erundina (maire de cette ville 1989-1992), un projet de Tarif zéro avait été discuté, projet qui aurait été financé par l’augmentation progressive des impôts des plus riches.

La répression augmente dans tout le pays Il existe une offensive visible de la part de la bourgeoisie et des gouvernements contre le droit de manifester et deprotester. Le gouvernement Dilma et les gouvernements fédéraux répriment des grèves de travailleurs (comme celle des ouvriers de Belo Monte), des manifestations indigènes (les Indiens de l’ethnie terena par exemple, dans le Mato Grosso du sud) et maintenant tout type de manifestation contre les coûts de la Coupe et contre l’augmentation du prix des transports. Comme cela a été fait en Afrique du sud, où a eu lieu la Coupe précédente, le gouvernement Dilma tente d’imposer un recul des droits fondamentaux de la population.

Dilma, ça n’ira pas comme ça! Le peuple va continuer à descendre dans la rue! Le peuple va continuer à être dans la rue. De nouvelles manifestations sont déjà fixées dans tout le pays. Le PSTU participera à chacune d’entre elles avec les revendications suivantes:

• Annulation des augmentations du coût des transports publics.
• A bas la répression! Défense du droit à la mobilisation! Sanctions contre ceux qui ordonnent la répression !
• Unifier les luttes en une journée nationale contre l’augmentation du prix des transports et contre la répression!
• Pour des transports publics gratuits! Etatisation des transports!
• Pour la démilitarisation de la Police militaire! En finir avec la troupe de choc!
• Dilma, gèle les prix des aliments et des transports!
• Dilma, reviens sur les privatisations des stades tels que le Maracanã !
• Pour la suspension du bradage du pétrole! La Petrobrás, une entreprise d’Etat à 100%!
• 10% du PIB pour l’éducation!
• 2% du PIB pour les transports !

(18 juin 2013) Traduction A l’Encontre Publié par Alencontre le 19 – juin – 2013

http://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-le-17-juin-2013-est-deja-entre-dans-lhistoire.html

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